Orage en pleine sortie : si vous entendez le tonnerre, vous êtes déjà assez près pour être touché. Quittez les crêtes, éloignez-vous des arbres isolés et rejoignez un bâtiment fermé en dur ou un véhicule fermé à toit métallique. En dernier recours, sans abri accessible : accroupi pieds joints, sur votre sac, à au moins 3 mètres des autres (une posture qui ne garantit aucune protection). Et si quelqu'un est foudroyé, on peut le toucher sans danger électrique : appelez le 15 ou le 112, et s'il est inconscient et ne respire pas normalement, commencez le massage cardiaque.
La saison orageuse n'est pas finie. Les 6 et 7 octobre, Météo-France a placé le Gard, l'Hérault, les Bouches-du-Rhône et le Var en vigilance orange, en prévenant d'« une forte activité électrique, de la grêle et des rafales de vent », selon franceinfo. Le 7 octobre, une soixantaine de départements étaient aussi en jaune orages. Si vous courez, randonnez ou roulez dehors, mieux vaut savoir quoi faire avant d'être sous le nuage.
La foudre en France : un risque rare, surtout pour ceux qui sont dehors
D'après Météo-France, la foudre frappe l'Hexagone environ 250 jours par an, avec en moyenne 453 000 impacts au sol détectés chaque année depuis 2000. Les accidents humains restent rares : Le Monde évoque environ dix décès par an en France. Les chiffres exacts sont difficiles à établir, faute de recensement officiel.
Le profil des victimes, lui, est assez net. La Croix-Rouge française rappelle que la majorité des accidents surviennent en plein air, « notamment lors d'activités sportives, de loisirs ou professionnelles poursuivies malgré l'approche d'un orage ». Elle cite le cyclisme et l'alpinisme parmi les activités particulièrement exposées. Un traileur sur une crête ou un cycliste sur un plateau découvert est exactement dans cette situation.
Avant de partir : anticiper
La commission médicale de la Fédération française de randonnée le dit sans détour : la première recommandation, et la plus importante, c'est d'anticiper.
- Consultez la vigilance Météo-France et les prévisions locales avant la sortie, pas seulement en montagne.
- Décalez ou annulez si des orages sont annoncés sur votre secteur. Adaptez l'horaire et la longueur du parcours aux prévisions locales.
- Repérez vos replis : bâtiments fermés en dur (refuge, village), parking où vous attend la voiture, variantes qui descendent vite.
- Surveillez le ciel : nuages qui gonflent en hauteur, vent qui forcit, température qui chute, premiers grondements.
Au premier tonnerre, rejoignez un abri
La consigne de la Croix-Rouge française est simple : « Dès que vous entendez le tonnerre, rejoignez immédiatement un bâtiment fermé en dur ou un véhicule fermé à toit métallique », puis attendez au moins 30 minutes après le dernier grondement avant de reprendre l'activité. N'attendez pas que l'orage soit au-dessus de vous pour bouger.
Pour vous faire une idée de la distance, un repère : le son parcourt environ un kilomètre en trois secondes. Comptez les secondes entre l'éclair et le tonnerre, divisez par trois : vous obtenez la distance approximative en kilomètres. Si l'écart diminue d'un éclair à l'autre, l'orage se rapproche.
Les autorités canadiennes (Manitoba, Québec) résument ça en règle des 30/30 : moins de 30 secondes entre l'éclair et le tonnerre, l'orage est à moins de 10 km environ et il faut s'abriter ; on attend ensuite 30 minutes après le dernier coup de tonnerre. Ce comptage reste un repère : il ne justifie pas de rester dehors tant que l'écart dépasse 30 secondes.
Les seuls abris vraiment protecteurs, selon la Croix-Rouge : un bâtiment fermé en dur ou un véhicule fermé à toit métallique. Une tente, un abribus, un hangar ouvert, un auvent ou un arbre ne protègent pas.
Pris dehors sans abri : les gestes qui réduisent le risque
Sortir des zones exposées
Quittez les sommets, crêtes et arêtes, et perdez de l'altitude si vous le pouvez. Éloignez-vous des arbres isolés ou des petits groupes d'arbres : c'est le piège classique, parce qu'on s'y abrite de la pluie. Le site du gouvernement info.gouv.fr conseille aussi de s'éloigner des pylônes, clôtures métalliques et cours d'eau. Au contact de l'eau, le risque augmente, rappelle la Croix-Rouge, car le corps mouillé comme l'eau conduisent bien le courant.
En forêt
Impossible d'éviter tous les arbres dans un grand massif. La consigne de la Croix-Rouge : s'écarter le plus possible des troncs et des branches basses.
Les bâtons, le parapluie, le métal
Rien ne doit dépasser au-dessus de votre tête. Posez les bâtons de trail ou de marche à distance, à plat. Même chose pour tout objet métallique que vous portez : déposez-le à côté de vous plutôt que de le garder en main. Le parapluie ouvert est à proscrire. Le téléphone, en revanche, n'attire pas la foudre selon la Croix-Rouge : gardez-le pour prévenir les secours.
La position qui limite les dégâts
La foudre ne frappe pas seulement de façon directe : le courant peut aussi se propager dans le sol autour du point d'impact. D'où la consigne de ne pas rester debout jambes écartées et de ne pas marcher à grandes enjambées près de l'orage. La position conseillée :
- Accroupissez-vous, pieds joints, jambes repliées.
- Isolez-vous du sol si possible : sac à dos, ciré ou autre pièce en matière isolante.
- Ne vous allongez pas au sol, limitez les points de contact.
- Rejoignez un abri adapté dès que l'occasion se présente, puis attendez au moins 30 minutes après le dernier tonnerre avant de repartir.
Accroupi, vous restez exposé. Cette posture est un dernier recours, sans protection garantie : elle peut réduire le risque lié au courant qui circule dans le sol, quand aucun abri n'est accessible.
En groupe : écartez-vous
Le courant peut sauter d'une personne à une autre si elles sont trop proches. La Croix-Rouge demande de garder au moins 3 mètres entre chaque personne, y compris à l'arrêt. En peloton ou en randonnée en file serrée, pensez-y.
Le récap : à faire, à éviter
| Situation | À faire | À éviter |
|---|---|---|
| Avant la sortie | Vigilance Météo-France, horaire adapté, itinéraire de repli | Partir malgré des orages annoncés, quelle que soit l'heure |
| Premier tonnerre | Rejoindre un bâtiment fermé en dur ou un véhicule fermé à toit métallique | Continuer « pour finir la boucle » |
| En montagne | Quitter crêtes et sommets, perdre de l'altitude | Rester sur une arête ou un sommet |
| Sans abri (dernier recours) | Accroupi pieds joints, sur le sac, sans protection garantie | Debout jambes écartées, allongé au sol |
| Matériel | Bâtons et objets métalliques posés à distance | Parapluie ouvert, objet levé au-dessus de la tête |
| En groupe | Au moins 3 m entre chaque personne | Rester serrés |
| Après l'orage | Attendre 30 min après le dernier tonnerre | Repartir aux premières éclaircies |
Quelqu'un a été foudroyé : que faire ?
Première idée reçue à oublier : une personne foudroyée ne garde pas d'électricité. La Croix-Rouge le confirme, vous pouvez la toucher, à condition de ne pas vous exposer vous-même à un nouveau danger.
- Appelez le 15 ou le 112 et donnez votre position aussi précisément que possible.
- Si la personne est inconsciente et ne respire pas normalement : commencez immédiatement le massage cardiaque et utilisez un défibrillateur (DAE) dès que possible.
- Si elle est consciente et brûlée : arrosez les brûlures au moins 10 minutes, idéalement 20, en suivant les consignes des secours.
- Même si elle semble aller bien, elle doit être examinée par un médecin.
Ces gestes s'apprennent en quelques heures lors d'une formation aux premiers secours. Si vous courez ou randonnez souvent loin de tout, ça vaut largement une matinée.
Et les autres dangers de l'orage
La foudre n'est pas le seul risque. Sous un orage, les pluies peuvent être très intenses en peu de temps : Météo-France signale que dès 50 à 60 mm en moins d'une heure, les cumuls peuvent devenir dangereux. Méfiez-vous des cours d'eau qui montent vite. Météo-France recommande en vigilance de s'éloigner des cours d'eau et de ne pas s'engager sur une route immergée : à pied, la même prudence s'impose devant un gué qui monte. Nos consignes en cas de vigilance pluie-inondation s'appliquent aussi ici.
Pour les autres situations où la météo dicte la sortie, voyez aussi notre article sur le sport sous les fumées d'incendie et celui sur le coup de chaleur. Le principe reste le même : si le ciel ne s'y prête pas, la séance attend.
