Le coup de chaleur ne prévient pas longtemps. En pleine canicule, on passe d'« un peu vaseux » à une urgence vitale en quelques dizaines de minutes. Savoir repérer les premiers signes et faire les bons gestes change tout — et certains réflexes "de bon sens" aggravent en réalité la situation. Voici ce qu'il faut avoir en tête avant de sortir, de courir ou de surveiller un proche.

Quand le mercure grimpe, le corps lutte pour rester autour de 37 °C. Il transpire, il dilate les vaisseaux, il compte sur l'évaporation de la sueur pour évacuer la chaleur. Tant que ça marche, on tient. Le problème commence quand la machine sature : la chaleur entre plus vite qu'elle ne sort, la température interne s'emballe, et là on bascule.

Épuisement, déshydratation, coup de chaleur : ce n'est pas la même chose

On confond souvent les trois, mais ils n'ont pas la même gravité. L'Assurance Maladie les distingue clairement, et la nuance compte : les deux premiers sont des signaux d'alerte, le troisième est une urgence absolue.

ÉtatSignes typiquesGravité
Épuisement dû à la chaleurTempérature 38-40 °C, grande fatigue, maux de tête, vertiges, nausées, transpiration abondanteSignal d'alarme : il faut se mettre au frais tout de suite
DéshydratationSoif, lèvres et bouche sèches, urines rares et foncées, fatigue, désorientationÀ corriger vite avant que ça empire
Coup de chaleurTempérature corporelle ≥ 40 °C, confusion, perte de connaissance, convulsions, peau souvent brûlanteUrgence vitale : appelez le 15 ou le 112

La frontière, c'est 40 °C de température corporelle interne et l'apparition de troubles de la conscience. À ce stade, le coup de chaleur peut endommager le cerveau, le cœur et les reins. Ce n'est plus le moment d'attendre que « ça passe ».

Les signes qui doivent vous alerter

Chez soi comme sur un sentier, surveillez l'enchaînement. Au début, le corps envoie des messages discrets : maux de tête qui s'installent, sensation de tête lourde, fatigue anormale, soif intense, crampes, nausées. C'est le moment d'agir, pas plus tard.

Les signaux qui doivent vraiment faire peur, eux, ne trompent pas :

  • une confusion, des propos incohérents, une agitation ou au contraire une grande somnolence ;
  • une peau chaude, parfois rouge et sèche (la sueur peut s'arrêter) ;
  • une perte de connaissance ou des convulsions ;
  • un comportement inhabituel chez un proche âgé ou un enfant, qui ne « répond » plus comme d'habitude.

Chez le nourrisson, méfiez-vous d'un bébé anormalement mou, qui pleure faiblement, refuse de boire ou a la fièvre. Chez une personne âgée, le danger est qu'elle ne ressent ni la soif ni la chaleur : c'est souvent l'entourage qui repère le premier que quelque chose cloche.

Que faire tout de suite — et ce qu'il ne faut surtout pas faire

Devant un coup de chaleur, chaque minute compte. Appelez le 15 (Samu) ou le 112, puis, en attendant les secours, faites baisser la température du corps :

  • installez la personne à l'ombre ou dans une pièce fraîche, allongée ;
  • déshabillez-la et aspergez-la d'eau fraîche, ou couvrez-la de linges humides ;
  • créez un courant d'air (éventail, ventilateur) pour favoriser l'évaporation ;
  • placez des poches de glace enveloppées dans un linge sur le cou, les aisselles et l'aine, là où passent les grosses artères ;
  • si elle est consciente et lucide, faites-la boire par petites gorgées.

Le réflexe qui se retourne contre vous : donner un médicament contre la fièvre. L'Assurance Maladie est explicite — en cas de coup de chaleur, on évite l'aspirine, les anti-inflammatoires et même le paracétamol. Ces médicaments n'agissent pas sur cette hyperthermie-là et peuvent aggraver les complications, notamment rénales ou hépatiques. Autre piège : ne forcez jamais à boire une personne inconsciente ou somnolente, vous risquez la fausse route. Mettez-la en position latérale de sécurité et attendez les secours.

Qui est le plus exposé

Tout le monde peut faire un coup de chaleur, mais certains profils basculent plus vite. Les personnes âgées (au-delà de 65 ans) régulent moins bien et ressentent mal la soif. Les nourrissons et jeunes enfants se déshydratent à toute vitesse. S'ajoutent les personnes atteintes de maladies chroniques, celles qui prennent certains médicaments gênant l'adaptation à la chaleur, les personnes isolées… et, à l'autre bout, les sportifs et les travailleurs en plein air, qui produisent eux-mêmes de la chaleur en pleine fournaise.

Si vous courez ou randonnez par ces températures, le risque est réel : on a détaillé comment adapter ses sorties dans notre guide pour s'entraîner par forte chaleur.

L'éviter avant qu'il n'arrive

Le meilleur coup de chaleur, c'est celui qu'on ne fait pas. Les bases tiennent en quelques gestes : boire régulièrement sans attendre la soif (sans tomber dans l'excès inverse — on explique pourquoi trop boire est aussi un piège), garder son logement au frais en fermant volets et fenêtres aux heures chaudes, éviter l'effort entre 11 h et 18 h, et soigner ses nuits, car mal dormir pendant la canicule fragilise encore plus le lendemain.

Pensez aussi à prendre des nouvelles des plus fragiles — un voisin âgé, un proche seul. Un appel ou une visite suffit souvent à repérer un début de coup de chaleur avant qu'il ne dégénère.

En cas de doute, ne jouez pas au médecin : un coup de chaleur soupçonné, c'est le 15. Mieux vaut un appel pour rien qu'un secours appelé trop tard.

Pour des conseils adaptés à votre situation, le ministère de la Santé a réactivé Canicule info service au 0800 06 66 66 (appel gratuit, 9 h-19 h). Et pour les repères officiels, voyez les pages de l'Assurance Maladie, du gouvernement et de la Croix-Rouge française. Cet article donne des repères ; il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.