Un pied qui roule sur une racine, un trottoir mal négocié, un appui qui part de travers en descente : l'entorse de la cheville reste la blessure la plus banale du sportif comme du promeneur. En France, les soignants en prennent en charge près de 6 000 par jour. La bonne nouvelle, c'est qu'on la gère très bien quand on connaît les bons réflexes des premières heures — et surtout quand on ne bâcle pas la suite.

Voici ce qu'il faut faire tout de suite, comment savoir si une radio s'impose, combien de temps compter avant de rechausser, et comment éviter la cheville qui « lâche » à répétition.

L'entorse, c'est quoi au juste ?

Une entorse, c'est l'étirement ou la déchirure d'un ligament, ces cordelettes fibreuses qui relient les os autour de l'articulation. À la cheville, c'est presque toujours le ligament latéral externe qui trinque, quand le pied se tord vers l'intérieur. On classe la blessure en trois niveaux de gravité :

  • Stade I (bénigne) : simple distension du ligament. Douleur modérée, cheville stable, gonflement discret.
  • Stade II (moyenne) : déchirure partielle. Œdème net, hématome, marche difficile.
  • Stade III (grave) : rupture complète. Craquement possible, gros gonflement, sensation d'instabilité, appui très douloureux voire impossible.

Le geste qui provoque l'entorse est le même pour un traileur en dévers, un joueur de foot du dimanche ou quelqu'un qui rate une marche. Ce n'est donc pas une fatalité de sportif : c'est le traumatisme de l'appareil locomoteur le plus fréquent, point.

Les premières 48 à 72 heures : le réflexe GREC

Dès que ça arrive, on applique le protocole GREC (la version française du fameux RICE anglo-saxon) pour calmer la douleur et limiter le gonflement :

  • G comme Glace : 10 à 20 minutes, 3 à 4 fois par jour, sur les deux ou trois premiers jours. Toujours un linge entre la poche et la peau, jamais de glace à cru.
  • R comme Repos : on met la cheville au calme… mais un repos relatif. On évite les efforts qui font mal, sans forcément s'immobiliser des semaines (on y revient).
  • E comme Élévation : pied surélevé le plus souvent possible, au-dessus du niveau du cœur, pour drainer l'œdème.
  • C comme Compression : une bande, une chevillère ou une chaussette de contention pour soutenir l'articulation.

Un mot honnête sur la glace : elle soulage vraiment la douleur, mais son effet sur la vitesse de guérison est débattu. Le médecin qui a inventé le RICE en 1978, Gabe Mirkin, a lui-même nuancé sa recommandation en 2015, un glaçage prolongé pouvant même ralentir la cicatrisation. Le bon repère : de la glace courte pour apaiser, sans en faire des heures.

Surtout, la médecine du sport a tourné une page. Les recommandations françaises actualisées en 2025 par la Haute Autorité de santé privilégient une rééducation précoce et une reprise de l'appui dès que la douleur le permet, plutôt qu'une longue immobilisation plâtrée. Bouger tôt et bien, c'est aujourd'hui la règle.

Faut-il passer une radio ? La règle d'Ottawa

La grande peur, c'est la fracture qui se cache derrière l'entorse. Les urgentistes utilisent pour ça un outil simple et validé, la règle d'Ottawa. Une radiographie se justifie si vous présentez au moins un de ces signes :

  • Impossibilité de faire 4 pas en appui complet, juste après le choc et au moment de l'examen ;
  • Douleur à la pression osseuse sur la pointe d'une malléole (les bosses de la cheville) ou sur son bord arrière, sur 6 cm ;
  • Douleur à la pression sur la base du 5e métatarsien (le bord externe du pied) ou sur l'os naviculaire.

Sans aucun de ces critères, une fracture est très improbable et la radio n'apporte rien. Dans le doute, on consulte : un contrôle médical entre le 5e et le 7e jour est de toute façon conseillé pour réévaluer la gravité une fois le gonflement retombé.

Combien de temps avant de rechausser ?

La durée dépend de la gravité. Voici des repères pratiques (à ajuster avec votre médecin ou votre kiné, chaque cheville est différente) :

GravitéCe que vous ressentezPrise en chargeReprise du sport
Stade IGêne modérée, marche possibleGREC, chevillère souple, rééducation précoce~2 à 3 semaines
Stade IIŒdème et hématome, appui difficileAttelle, kiné, appui progressif~4 à 6 semaines
Stade IIIInstabilité, appui très douloureuxAvis orthopédique, immobilisation puis rééducation intensive~2 à 3 mois

Une chose ne change pas d'un stade à l'autre : on ne « saute » pas les délais de cicatrisation, même pour une petite entorse. Reprendre trop tôt, c'est le meilleur moyen de rechuter.

Quand consulter sans attendre

Certains signaux imposent un avis médical rapide. Filez consulter si vous constatez :

  • un craquement audible au moment du traumatisme ou une sensation de déboîtement ;
  • un gonflement immédiat en « œuf de pigeon » sur la malléole ;
  • l'impossibilité totale de poser le pied ou une déformation visible ;
  • une douleur qui ne cède pas après 48 heures de repos et de glace.

Reprendre sans rechuter : la proprioception, votre assurance-vie

C'est l'étape que tout le monde néglige, et c'est pourtant la plus importante. Une entorse mal rééduquée laisse souvent derrière elle une instabilité chronique : la cheville qui « lâche » sans prévenir, les récidives à répétition. La parade s'appelle la proprioception, ce sens qui indique à votre pied où il se trouve dans l'espace.

Concrètement, une fois la douleur calmée et avec le feu vert d'un pro :

  • Équilibre sur un pied : tenez 30 secondes sur la jambe blessée, d'abord les yeux ouverts, puis fermés, puis sur un coussin. Quelques minutes par jour.
  • Renforcement des péroniers : une bande élastique autour du pied, poussez la plante vers l'extérieur contre la résistance. 3 séries de 15.
  • Mobilité : rotations lentes du pied dans les deux sens, sans jamais aller dans la douleur.

Pour repiquer au sport, trois feux verts font foi : plus de douleur à l'appui, mobilité complète, cheville stable. Reprenez en douceur — une remise en route progressive vaut mieux qu'un retour brutal, exactement comme pour reprendre la course quand les conditions changent. Les activités portées et régulières comme la marche lestée ou la marche par intervalles sont d'excellents paliers pour retrouver de la force sans brusquer l'articulation, avant de renouer avec des sorties plus engagées comme le footing en extérieur.

Bien menée, une entorse se referme le plus souvent complètement. Prenez le temps des premiers jours, écoutez la règle d'Ottawa, et surtout ne zappez pas la rééducation : c'est elle qui décide si votre cheville tiendra le prochain sentier.

Cet article donne des repères d'information générale et ne remplace pas un avis médical. En cas de doute sur la gravité de votre entorse, consultez un médecin, un kiné ou les urgences. Pour approfondir : l'Assurance Maladie (ameli.fr) et la Haute Autorité de santé.